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Ma vie multilingue

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« Ik spreek een klein beitje nederlands » (je parle un peu le néerlandais)

Ici, mon « party trick » par excellence c’est de parler néerlandais.

Bof, parler, il faut le dire vite. Mes connaissances de la langue néerlandaise sont plutôt limitées. Disons que j’en sais suffisamment pour faire bonne impression et amuser mes interlocuteurs avec mon accent indéniablement français.

À la fête de bienvenue, j’ai charmé les grand-mères en les appelant Oma (grand-maman). J’ai fait plaisir à ma belle-mère en lui disant que son repas était heerlijk (délicieux). J’ai séduit les amis en commandant een glas witte wine (un verre de vin blanc).

Évidemment, j’ai appris quelques formules de mon amoureux dès notre rencontre. Slaap lekker, schatje (dors bien, ma/mon chéri/e). Et comme je suis canadienne et que je me dois d’être à la hauteur de notre réputation à l’international, j’ai appris les formules de politesse alstublieft (s’il vous plait), dank u wel (merci), et il en va de soi sorry (désolé).

Puis, parce que la vie n’est pas toujours une partie de plaisir, comme quand on travaille à une ferme de kiwi en Nouvelle-Zélande, que la météo change toutes les cinq minutes, qu’on a les pieds dans la boue et mal partout et qu’on croit que sacrer peut aider, eh bien, j’en ai appris plusieurs. Alors que mon chum apprenait à dire « Tabarnak » en bon québécois, j’apprenais à dire Godverdomme (Bon Dieu de merde). Ce que je me suis bien gardée de répéter dans la maison familiale.

Pour le plaisir de tous, j’ai découvert quelques expressions plutôt inutiles, mais bien rigolotes. Par exemple, saviez-vous que le mot de l’année en 2008 était : swaffelen. Il n’existe aucun équivalent dans les 3 langues que je maitrise déjà. Ce verbe réfère à l’action de frapper des objets ou d’autres personnes avec son pénis semi-rigide. Si vous ne me croyez pas, Google vous le confirmera. Le mot à droit à une page wikipédia a lui seul. J’en ris toujours. Et puis sous le même registre, « baiser dans la cuisine » sonne presque poétique quand on dit neuken in de keuken. Attention googlistes cette expression n’est pas expliquée en termes linguistiques sur le web, mais plutôt en

Sorel, ma belle! Ma vie multinlingue

Le nouveau meilleur ami de Jessica.

termes pornographiques. Vous voilà prévenus. Encore une? En feuilletant mon guide « Le néerlandais pour les nuls » une
bonne amie est tombée sur l’importante question Is hier een
nudistenstrand in de buurt (y a-t-il près d’ici une plage nudiste)? Que ce soit pour vous rincez l’œil ou évitez de vous retrouver par mégarde dans une situation gênante, voilà une phrase à retenir.

Bon, si vous n’en aviez pas déjà tiré la conclusion, après un mois ici, je me risque à dire que les Néerlandais n’ont pas ou peu de tabous. C’est mon opinion, hein, aussi humble soit-il. Pour ma part, je trouve leur ouverture d’esprit et leur sens de l’humour génial.

Blagues à part, j’ai fait beaucoup de progrès depuis mon arrivée. J’étudie autant que je le peux. À la bibliotheek, on m’a offert un accès gratuit à un programme en ligne d’apprentissage du néerlandais, un programme dédié aux réfugiés. J’utilise aussi une application (Memrise) sur mon téléphone. Je l’entends partout autour de moi et j’essaie de l’utiliser quand je le peux, mais une fois que la glace est brisée, c’est en anglais que je communique avec presque tout le monde. Beaucoup de locaux s’excusent de leur mauvais anglais. Ils ont tort. À mes yeux, peu d’endroits au monde où la langue officielle n’est pas l’anglais le parle-t-on si bien si universellement. Je souhaiterais mon néerlandais aussi avancé, même si plusieurs me félicitent d’apprendre si rapidement.

Pour ma part, je me félicite d’avoir une facilité avec les langues et puisque j’en maitrise déjà quelques-unes, celles-ci m’aident à en assimiler une quatrième. Saviez-vous que le néerlandais emprunte beaucoup de mots du français ? Parapluie, trottoir, gazon, cadeau, bureau, champignon, bouillon, friture, etc. Comme en anglais, il n’y a pas de conjugaison de verbes au futur ? On utilise Ik zal… ou Ik ga… comme on utilise I will … pour remplacer les temps futurs. Et comme en espagnol, on utilise un diminutif à la fin d’un mot ou d’un nom pour le rendre petit et/ou mignon. Mon chum m’appelle donc parfois Jessicatje de la même façon que des amis mexicains m’appelaient Jessita.

De semaine en semaine, je comprends davantage ce que j’entends et ce que je lis. Je suis fière de moi, mais faire des phrases est compliqué. Une fois le thrill de la nouveauté passé, je vous avoue que j’en arrache. Faire les courses ou passer un banal coup de fil me stresse plus qu’on ne pourrait l’imaginer. J’ai eu la gorge nouée alors que la grand-mère de mon amoureux m’a répété quatre fois une phrase simple et que je n’arrivais pas à la comprendre. Je me vexe quand des inconnus disent aux gens près de moi qu’ils ne devraient plus me parler en anglais. Puis, chercher de l’emploi est franchement plus compliqué et mes options très limitées.

Je me console en me disant que ça fait de chaque petit pas une victoire. Comprenez ma joie lorsque la boulangère m’a félicitée d’avoir passé ma commande entièrement en néerlandais. Woop woop ! Ce que j’étais ravie !

J’ai hâte d’être quadrilingue !

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