La route des bières 5 – Ottawa-Gatineau

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Juillet 2018

5e année de route des bières, on fait ça en grand. L’engouement est à son comble. Pour cette édition, on passe au nombre de 11 participants. On est pratiquement devenu une équipe d’hockey Junior majeur sur la route. Le noyau de vétérans des 5 années est dans l’alignement : Yann, Marc-André, Jean, Pat, Vincent et moi. Pour cette édition, quelques nouveaux visages sont avec nous : Stéphane, Alexandre et Patrice. Stéphane était supposé être présent à chacune des éditions précédentes mais il a été appelé pour le travail chaque année, c’est un miracle qu’il soit là.

 

JOUR 1

Le plan : au début, on se rejoint chez Marc-André, Yann et Pat laissent leur char là, on se dirige vers chez Jonathan à Varennes avec ma voiture où on retrouve aussi Vincent, on embarque dans leurs voitures et on laisse la mienne là. Par après, Marc-André doit se diriger vers chez son frère avec Patrice. Jonathan, Patrick, Stéphane et Jean se dirigent vers Gatineau. Yann, Vincent et moi devons arrêter par Montréal pour prendre Alexandre… Encore aujourd’hui, je me demande comment on a été capable de tous se rendre sans se tromper.

On prend la route et pour cette année, j’avais envie de mettre un peu plus de piquant. Je m’étais donné comme devoir de tout filmer afin de garder un souvenir de ce 5e périple. Chaque fois qu’une conversation s’amorce, j’ouvre ma caméra et, naturellement, un des comparses prononce la phrase la plus vulgaire jamais entendue afin de gâcher mes vidéos. En somme, je n’ai pas beaucoup de matériels vidéos diffusables mais j’ai énormément de matériel 18 ans et + (pas le genre de vidéos que vous pensez).

Brasseurs du temps

Étant partis à 3 voitures, tout le monde espérait secrètement arriver en premier. Finalement, nous avons eu la chance d’être gagnant de cette course. Nous débarquons aux Brasseurs du temps et devons attendre 20 minutes avant que la deuxième équipe se pointe. Nous sommes désormais 8 mais, par respect pour nos 3 collègues manquants, nous décidons d’attendre avant de commander la bouffe, on prend un verre relax… 30 minutes passent… puis 1 heure… Toujours aucune nouvelle.

Puis finalement, ils arrivent… et ils arrivent de façon remarquée. Nous étions assis sur la terrasse et nous ne les avons pas VU arriver… Nous les avons ENTENDU arriver : « On est là ! ». Tous les clients sur la terrasse, sans exception, se retourne en même temps. On se retourne et on voit notre collègue, visage rouge. Sans le nommer, celui-ci a une stature imposante, au-dessus de 6 pieds… 250 livres… Mais il se transforme en un party animal après 2 pintes. On réalise vite que les 3 gars avaient fait un « arrêt supplémentaire » dans cette route des bières. C’est d’ailleurs ce qu’ils racontent dès leur arrivée. Ils ont passé par l’Ontario pour se rendre et ont croisé « par hasard » la microbrasserie Beau’s. Cette déclaration a enflammé la table, certains en sont même venus à les traiter de traîtres. Les 3 gars se sont défendus en disant qu’ils étaient en retard alors ils ont décidé d’arrêter prendre une bière pour être au même niveau que nous en arrivant. Étrange déduction de prendre une bière parce qu’ils sont en retard puisqu’ils sont en retard parce qu’ils ont pris une bière…

Laissons tout ça de côté et débutons la dégustation. Brasseurs du temps ont bien exploité leur concept. C’est pourquoi on peut commander une planchette de dégustation en forme d’horloge. Donc, 12 bières en forme de rond comme un horloge. Idée géniale, concept dangereux. Du haut de mes 150 livres (j’ai pris 5 livres depuis le début des routes des bières en 2014), je ne suis pas en mesure de me permettre 12 verres de 5oz de bière. Surtout pas en début d’après-midi. J’y vais donc avec l’autre concept de la place, ça s’appelle la montre (si ma mémoire est bonne), c’est comme une demi-horloge. Choix gagnant pour un gars qui ne veut pas faire un black out à 14h. Ce qui est bien d’être en gang c’est qu’on peut partager. 11 gars autour d’une table, on peut se permettre de commander des grosses assiettes de charcuteries et partager le tout. Plus ça va, plus ce repas commence à ressembler à la dernière Cène mettant en vedette Jésus.

Très belle terrasse sur le bord de l’eau, ça permet de lancer la discussion à savoir qu’est-ce qui était Gatineau et qu’est-ce qui était Hull. Pour des gars qui ne viennent pas de la place, ce n’est pas évident de comprendre puisqu’il semble y avoir au-delà de 400 ponts dans la ville.

Les beer store et le LCBO

Étant maintenant à Ottawa, notre curiosité brûle de savoir de quoi ont l’air leurs « SAQ ». On arrive donc au LCBO pensant trouver des bières d’exclusivités mondiales pour finalement se rendre compte que l’endroit est en fait un mélange entre une SAQ et un frigidaire de dépanneur de Couche-tard. Nous étions plus ou moins excités d’acheter une Sleeman Honey Brown… On dirait que ça faisait moins exotique. C’est maintenant le temps de dévoiler ce qui motivait Yann pour ce voyage. Yann est en quelque sorte le directeur de la tournée. Yann trippe sur la bière McEwans, il s’agit d’une bière qui était distribuée via les SAQ à une certaine époque et qui est maintenant discontinuée depuis près de 10 ans dans le monopole québécois. Cependant, plusieurs rumeurs affirment qu’il est possible d’en trouver dans la capitale fédérale, Yann s’est donné comme mission d’en trouver au courant de la fin de semaine, une chose que je peux vous affirmer : il n’en a pas trouvé au LCBO.

À quelques pas se trouve un Beer store, tu rentres dans la place, il y a un écran, tu choisis la bière que tu veux et les employés vont te la chercher dans l’entrepôt. Yann va tout de suite dans les M pour essayer de trouver sa McEwans, elle n’y est pas, il demande à un des employés, celui-ci lui répond, comme un vieux sage au sommet d’une montagne : «La McEwans est très rare mais vous la trouverez dans un Beer store en Ontario mais je ne peux pas savoir lequel. »

 

Comfort Inn

Check in time. Les 3 dernières années, on se payait des beaux hôtels. Pour la cinquième année, on s’est payé un souvenir de la première année, un motel classique où tu sors de ta chambre et tu es direct dans le parking. Pour l’occasion, on dort à Ottawa, les hôtels étant hors de prix, nous n’avons pas eu le choix d’opter pour l’option économique. Ce qui est le fun de cette ville, c’est que chaque fois que tu t’adresses à quelqu’un, tu ne sais jamais si tu te feras répondre en Français ou en Anglais. Au Comfort Inn, la personne en charge de l’accueil nous a répondu dans une langue que je ne pourrais pas catégoriser. C’est de l’Anglais qui sonne comme les états américains du Sud. Un petit accent qui se mariait bien au cachet du motel. Yann fait la demande pour un lit king size, cette demande a eu le même effet que de prendre une épée et d’en donner un bon coup dans l’eau.

Pour vous donner une idée du look du motel, Marc-André et Bruno ont fait le choix de se louer un autre endroit. Notre motel n’était pas le genre de place où tu es accueilli avec une petite attention comme un chocolat sur ton oreiller. S’il y avait eu un chocolat sur mon oreiller, c’était clairement la Kit Kat oubliée par le locataire de la veille.

Nous sommes donc 9 gars qui se partagent 3 chambres dans ce complexe motelier (ce n’est pas un mot mais vous comprenez l’essence). Ça fait 3 éditions que je dors dans le même lit que Yann, on est devenu un vieux couple alors on poursuit la tradition. On accueille la recrue Alexandre dans notre chambre, même principe que lorsque Mario Lemieux avait invité Sidney Crosby à habiter chez eux (on ne se prend pas pour de la marde).

Avant de se diriger vers l’endroit, on décide de faire un petit pre-drink dans notre chambre. Ça fait très Cégep comme attitude. Chacun des autres gars arrivent chez nous, dans notre « appartement » qui consiste en 2 lits, une salle de bain, une télé, 2 tables de chevet et la pire lampe de l’histoire. Tout le monde a apporté un peu d’alcool, Jean arrive avec un bloody césar format désséché en poudre. Jean aime le tourisme d’aventure, le camping, le tourisme, il a cru bon d’acheter un bloody cesar de camping… au cas où ca servirait. Je peux jurer sur la tête de tous mes ancêtres que je n’aurais pas bu ce bloody cesar pour rien au monde. Quel étrange produit. Qui est la clientèle cible? Les gens qui sont en mode survie, à l’aube de la mort… Mais qui ont tout de même envie d’un apéro.

Bien que le pre-drink ait duré 30 minutes, il y a des bouteilles vides partout dans la chambre comme si Éric Lapointe et Bon Jovi avaient veillés avec nous. C’est le moment de se commander un Uber via l’application. Ça a bien évolué en 5 ans, on commande maintenant nos taxis par Internet. Je me rappelle de l’époque à Orford où on se déplaçait presqu’à cheval.

 

Gainsbourg

Nous étions à Ottawa, nous sommes maintenant à Gatineau. On switch de l’Anglais au Français. Les rues de Gatineau ont un petit côté qui me rappelle le Vermont (j’aurais pu dire Paris ou Venise mais mes références en termes de voyage sont limitées). Les rues sont piétonnières, les bannières des commerces sont attrayantes.

Le Gainsbourg est le genre de belle petite place pour l’apéro, tu prends une bière, la serveuse te jase comme si elle te connaissait, très convivial. Je commençais à avoir faim déjà. J’aurais mangé le menu au complet juste après avoir goûté une simple entrée. J’avais déjà entendu dire que des vedettes riches faisaient ça quand ils arrivent dans un resto : « Amène-moi tout ce que tu as en page 2 ». Avec mon budget, je pourrais faire ça moi aussi, mais il se peut que je doive débrancher Hydro-Québec quelques mois à mon retour à la maison.

 

Mill Street

Nous étions à Gatineau, nous sommes désormais à Ottawa. On switch à nouveau du Français vers l’Anglais. On traverse le Pont du Portage à pied pour y constater notre prochaine destination. La microbrasserie Mill Street est carrément un château au bord de la Rivière des Outaouais. On arrive là-dedans et c’est l’émerveillement, on a l’impression de souper à l’endroit où les rois étaient invités à une autre époque. La bière y est correcte sans plus mais l’expérience visuelle en vaut le détour. Point fort de l’endroit, j’adore les serveurs qui sont honnêtes envers les produits qu’ils vendent : « Cette bière là, c’est une bonne rousse, traditionnelle, ça va bien fitter avec ta viande ». Je préfère quelqu’un qui s’adresse comme ça au lieu de quelqu’un qui me dit : « Ha ça c’est une bière brassée avec des levures sauvages, c’est fermenté au début de la pleine lune… ». Tu me parles de levures sauvages, je te fixe avec un regard mort.

La fin de soirée

Quelqu’un lance l’idée : On pourrait partir du Mill Street pour se rendre au motel à pied, ça nous permettrait de visiter la ville. L’idée était bonne, on est 11 gars en troupeau dans les rues d’Ottawa à 21h, on voit de quoi ça a l’air le Parlement et soudainement, une foule de près de 1000 touristes sortent de l’édifice, notre promenade est tout à coup devenue une émeute touristique. À quel point tu trippes sur la démocratie pour visiter le Parlement à 21h un samedi soir? Bref, nous avons été portés par cette foule vers le centre-ville d’Ottawa tel un vidéo « Rire et délire » d’un gars qui fend sa piscine hors-terre et se fait ramasser par l’eau. Certains sont allés se couchés et les autres, sommes sortis dans un pub Irlandais du centre-ville.

 

JOUR 2

À 11 gars, c’est pas évident de savoir comment on s’organise pour le déjeuner. Alexandre et moi, on se réveille en même temps, on réalise que Yann est déjà parti. On se dirige donc vers un petit resto de déjeuner et on croise Marc-André et Yann en chemin (les papas se lèvent toujours plus tôt). Les textos commencent à rentrer, les autres commencent à se joindre à nous un à un. On a commencé par être 4, on est maintenant 11… Les serveurs nous détestent pendant la route des bières. Notre serveur était d’ailleurs assez spécial… Il a pris la commande de 11 gars sans jamais rien écrire… Et une commande de déjeuner en plus. Pas des burgers ou des pizzas… Des : «je vais te prendre 2 œufs tournés, bacon, pain brun, pas trop de beurre, gaufre, etc.» C’était d’ailleurs la seule personne à Ottawa qui parlait Français avec l’accent québécois le plus prononcé du voyage. On mange, on retourne au motel, on ramasse notre stock et on quitte. Tout le long de la route à Ottawa, Yann regarde par la fenêtre comme un Golden Retriever pour voir s’il y a un beer store où il pourrait trouver sa Mc Ewans, on est arrêté à une place… Il n’en avait pas.

 

Beau’s

On retourne à la maison mais on se doit de faire un petit arrêt à la place où les 3 retardataires ont commencé leur route de la veille. On avait hâte de découvrir la place qui les avait corrompu si facilement à 11h le matin la veille. La place en question est dans un rang de campagne, parking en gravier, look d’une ferme. On entre à l’intérieur, c’est plein! En plein après-midi, c’est plein de gens qui achètent des bières comme dans une épicerie. D’autres boivent une bière sur place. On a eu la chance de faire une visite de la brasserie.

On rembarque le stock dans le char et on s’apprête à partir de l’Ontario en repensant à notre 5 ans de route des bières. Comme vous avez pu constater, la bière n’est pas le principal attrait de cette fin de semaine. La bière est un prétexte pour se retrouver entre amis, pour revenir comme au secondaire, la chimie entre chums, les anecdotes, les lendemains de veille, les découvertes, les voyages, les déceptions, les joies. On a beaucoup évolué en tant que gang, plusieurs sont devenus papas plusieurs fois, pour ma part, j’ai commencé comme conseiller dans une entreprise en publicité en 2014, je suis maintenant entrepreneur en restauration, en humour et en marketing. Nos vies se sont clarifiées. Même si on change, on se réunit tout de même chaque année pour faire de la route ensemble comme si rien n’avait changé. Comme on dit : le bonheur n’est pas dans la destination mais dans la route (c’est quétaine mais j’assume).

Bref, on est sorti de chez Beau’s pour reprendre la route pour retrouver le Québec, il nous restait 10 minutes de char à faire en Ontario, on croise le dernier Beer store de la province, on débarque pour la formalité. Yann fouille dans l’ordinateur et il a trouvé la McEwans, je peux vous dire qu’il s’est fait des provisions pour l’année…

 

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